par Hervé Dewintre

Octavio Pizarro dans son showroom photo Herve Dewintre

Octavio Pizarro dans son showroom photo Herve Dewintre

« J’aime quand les choses viennent de quelque part ». Elle n’a l’air de rien cette phrase, elle est presque comique, pourtant je sens bien qu’elle touche une petite corde sensible.

Cette phrase, Catherine Frot la prononce dans le film Les saveurs du palais. Elle y interprète une cuisinière périgourdine qui se retrouve, stupéfaite, à l’Elysée où on la charge de réaliser les plats personnels du président de la république. Cette cuisinière a un terrible ennemi : le chef de la cuisine centrale du palais. Un duel larvé s’installe entre le travail d’orfèvre d’une petite équipe et celui d’une cuisine de luxe aux (mauvaises) manières industrielles.

C’est un film contemplatif, tendre, plein d’une amertume délicate qui a visiblement trouvé son public (presque un million d’entrée). Ce public a-t-il, comme moi, était charmé par la poésie véritable de la chaudrée Charentaise, du chou farci au saumon braisé (cuit au torchon dans le bouillon), de la pomme de terre Julia ou de la sublime tartine beurrée tartinée de truffe? Ou est-il tout simplement ému par la fraîcheur de cette ode à l’authenticité ?

Octavio Pizarro photo Herve Dewintre

Hasard ou providence, le lendemain de cette délicieuse séance de cinéma, je me retrouve dans le showroom d’Octavio Pizarro. C’est un créateur chilien, né à Santiago, naturalisé français depuis peu, qui nous annonce en guise d’apéritif : « je suis un mix des deux cultures ». Si son sourire et son regard lumineux ont un charme universel, il faut reconnaître que son style est solidement enraciné dans ses deux amours : son pays et Paris.

detail robe octavio pizarro photo herve dewintre

détail robe Octavio Pizarro photo Herve Dewintre

2005 fut l’année de sa révolution, qui –d’après son étymologie latine- n’est pas une révolte mais un retour sur soi. Lui qui de ses études à l’école des arts appliqués de Santiago jusqu’à la prise en charge des collections de Guy Laroche connut en 10 ans toutes les facettes de la mode parisienne (école de la chambre syndicale, assistant styliste chez Jean-Louis Scherrer, directeur artistique chez Fath) découvrit dans un éclair de vérité le travail de l’alpaga. Élément déclencheur ? Il fonda sa marque et présenta dans la foulée sa première collection d’accessoires : des écharpes, étoles, capes et ponchos conçus dans les plus fines laines fabriquées sur les hauts-plateaux andins.

echarpe octavio pizarro herve dewintre

Aujourd’hui ses collections se sont étoffées et il crée désormais un formidable prêt à porter, luxueux, personnel : ses robes sont, comment dire, elles sont couture (un mot magique car il ne s’accorde pas au pluriel) ; les matières qui les composent et les techniques qui les assemblent sont non seulement inattendues (je pense par exemple aux nœuds façon macramé, au crochet main virtuose, aux cristaux de Swarovski incrustés dans l’alpaga) mais surtout elles incarnent vraiment le créateur : ces mains inspirées qui travaillent les laines pour former des pelisses architecturées, ces robes asymétriques en guipures, ces franges de viscose, et même ces plumes qui s’animent en spirales, tout est unique.




Pas unique pour être insolite ou même original, unique parce que venu d’un créateur qui s’est (re)découvert. Ce contraste entre Paris et le Chili, assumé et spontané, c’est Octavio, c’est vraiment lui : chaque robe rappelle son héritage, son terroir et ses rêves. A l’heure où la scène mode est saturée de défilés proposés par des maisons en perpétuelle quête d’identité, pratiquant la valse des directeurs artistiques interchangeables, à l’heure du règne des effets de podium faciles, rien n’est plus exaltant que le contact de vêtements sincères et la connaissance d’un créateur qui rappelle avec audace : nous sommes ce que nous avons été.

http://www.octaviopizarro.com