par Hervé Dewintre

« Fifty shade of grey », on ne vous le présente pas, tout le monde en a entendu parler. C’est le livre de l’année, un bestseller tous pays confondus. L’histoire d’une étudiante de 21 ans, vierge à souhait, qui s’entiche d’un jeune milliardaire, mystérieux comme un prince charmant, et vicieux comme un banquier suisse. Cet agréable pervers n’a qu’une joie : avilir les petites fraicheurs en les transformant en esclave sexuelle. L’héroïne du roman sera donc tiraillée entre sa morale et son désir de satisfaire son partenaire à grands coups de pratiques interdites et de gadgets innovants.

Sur cet ouvrage, le ton général de la critique littéraire est volontiers dédaigneux et peut se résumer par cette sentence : « le livre est mal écrit ». Je ne l’ai pas lu, et j’avoue que je n’en ai pas spécialement envie car il ne fait rien résonner en moi, mais je n’ai pas spécialement envie non plus de m’en moquer.

Tout d’abord, parce que la critique n’aime jamais le succès qu’elle considère comme une tare (ce qui a peu d’importance d’ailleurs puisque son influence sur le public est à peu près nulle) et ensuite parce que je suis un disciple d’Aristote qui considère que la catharsis est le but et la justification de l’art dramatique. La catharsis, c’est un terme médical qui signifie purge. Les théoriciens lui ont souvent donné un sens moral comme si les romans, les pièces de théâtres ( et forcement les films) avaient pour but de nous purifier ou mieux encore, de nous élever l’âme, d’éveiller nos consciences : je prétends qu’ils font fausse route et que le brave Aristote développait un principe beaucoup plus simple : l’art dramatique, c’est un lavement, qui permet de se libérer de ses pulsions, de ses angoisses ou de ses fantasmes en vivant, à travers le héros, des passions coupables ou des sentiments inavoués (Sigmund Freud aurait dit refoulés).

Tout ça pour vous dire que si des millions de lecteurs se sont défoulés en vivant par procuration les galipettes sado maso d’Anastasia Steele et de Christian Grey, je ne trouve rien à y redire, et j’applaudis ce succès.

toys fifty shades of grey approuvés par E.L distribuée dès mi-Novembre en France en exclusivité par la société starnet world

Enfin, puisque votre curiosité est universelle, je suis persuadé que ce communiqué que m’a transmis la société starnet-world « en avant-première » (une exclusivité certainement justifiée par la haute opinion que ces professionnels de l’entertainment se font de mon expertise dans ce domaine) comblera vos esprits assoiffés de science.

C’est l’annonce de la sortie mi-novembre (le 12, soyons précis) d’une collection de « toys érotiques » développée en étroite collaboration avec l’auteure britannique E.L James. Une gamme officielle, je vous prie de le noter, sous licence « fifty Shades of grey ». Officielle, c’est important. Cela veut dire qu’ils correspondent parfaitement aux gadgets utilisés par le couple du roman. Pas de vagues équivalents, non de véritables reproductions ! L James explique à ce sujet que « cette gamme est ce que j’ai toujours imaginé pendant que j’écrivais cinquante nuances de gris, je suis tellement excitée que les jouets que j’ai décrit dans les livres sont venus à la vie et peuvent maintenant être appréciés dans le monde entier.» Et bien, cette phrase typique de dossier de presse, qu’on retrouve quasiment mot pour mot dans tous les communiqués annonçant une collaboration, je trouve qu’elle se colore cette fois-ci d’un kitch délicieux en donnant au mot exciter son sens le plus littéral.

Comme je n’ai pas lu le livre, je n’ai qu’une vague idée du contenu de cette collection mais je ne doute pas que vous serez des millions de fidèles lectrices à vouloir reproduire à l’infini l’enchantement des meilleurs passages de cette exaltante aventure littéraire.

Quant à moi, ma conscience professionnelle m’oblige à élargir les perspectives dressées par cette réflexion initiale et m’impose de dresser un petit panorama des plus grands hits de toys érotiques inspirés par vos héros préférés.

J’en ai retenu trois :

Le kit : Sex in her shitty, grâce auquel les fans de Carie Bradshaw seront charmés de retrouver l’intimité girly de la célèbre série fashion par l’entremise de la poupée Sarah Jessica Porkher. Grand succès également pour la poupée « (this is not) Sarah Palin » , pour les amoureux de politique et enfin, dernier choix, puisqu’on a toujours pas de nouvelle de la poupée Baptiste Giacoboni et de ses cordes vocales magiques : la déjà mythique poupée gonflable Just-in Beaver, pour les amateurs de belles mélodies (la poupée a en effet le bon gout d’être muette). Tout est dans le titre : finally 18 ! I’m not gay (ok maybe a lil’). 24 euros seulement. Reconnaissez qu’à ce prix-là, toutes les théories d’Aristote et de Freud sur la catharsis et le refoulé perdent de leur vigueur au profit d’une bien plus ardente introspection.

Gamme de toys « Fifty Shades Of Grey ».
Disponible à partir du 12 Novembre en France.
Toute la collection sera distribuée en France en exclusivité par la société www.starnet-world.com.

Les tomes 2 (Cinquante nuances plus sombres) et 3 (Cinquante nuances plus claires) sortiront en France respectivement en janvier et février 2013.

Fin 2013 / Début 2014 : Film au cinéma (droits déjà acquis par Universal Pictures).