par Hervé Dewintre

John Galliano Backstage pendant la men fashion week à Paris ph: Philippe Bonte et Herve Dewintre

Ce n’est pas un retour effectif dans le sens où l’offre est éphémère mais le symbole est puissant : Galliano vient d’être invité par Oscar de la Renta à s’installer (prendre résidence semble être le mot juste) dans son studio de design à New York pendant les trois prochaines semaines. Il épaulera le designer américain sur sa collection Automne-Hiver 2013/2014, présentée début février à New York.

C’est donc un créateur de premier plan qui revient sous les feux de la rampe après sa disgrâce en 2010 pour cause de propos antisémites. Un scandale qui avait obligé la maison Dior, la mort dans l’âme (si elle en a une), à licencier le créateur qui avait pourtant permis à la marque de mode française de retrouver son lustre d’antan. Dior, avant Galliano n’était pas loin d’être une belle endormie. Un licenciement quasi-sobre (le mot est peut être mal choisi), grave en tout cas, solennel ; le pdg de l’époque Sidney Toledano, était monté sur scène, entouré des petites mains secouées par les sanglots. On se serait cru dans la fameuse scène « fidelio » de Eyes Wide Shut. Il est vrai que nous avions tous le coeur gros d’avoir perdu un talent de cet ampleur et personne n’avait le coeur à débattre à l’époque. Nous étions d’autant plus consternés que nous étions partagés : ses propos, atroces avaient été prononcés par quelqu’un avait toujours exalté la différence et la tolérance dans son travail.

Depuis son licenciement, le créateur était en cure en Arizona. Même si le groupe LVMH avait avec beaucoup de zèle, effacé toutes les traces de Galliano dans ses archives (un enterrement qui pour ma part – même si je le conçois d’un point de vue industriel – m’avait laissé un gout amer en bouche) le britannique n’a jamais été considéré comme un paria définitif dans le monde de la mode.

Surtout pas aux états unis où il jouit du soutien appuyé d’Anna Wintour – infatigable quand il s’agit de vouloir déplacer l’épicentre de la planète mode de Paris à New York – et qui aurait soufflé l’idée à De La Renta. Galliano peut aussi compter sur l’affection de personnalité importante comme Kate Moss qui lui a commandé sa robe de mariée en 2011. Et je ne parle même pas des rumeurs concernant le retour « coup double » Galliano/Schiaparelli.

Evidemment, cette collaboration est symbolique mais elle marque puissamment le début d’une réhabilitation publique d’un grand couturier par ses pairs. «Tout le monde dans la vie mérite une seconde chance, surtout quelqu’un d’aussi talentueux que John» dit de la Renta. ça tombe bien, le thème de la renaissance est très tendance.

Sans surprise, John Galliano a exprimé sa reconnaissance. Le communiqué adressé aux médias pour l’occasion respecte les formes et le gout typiquement américain pour la rédemption publique. Il vaut son pesant de cacahuètes et je vous le livre in extenso.

«Je suis un alcoolique, déclare John Galliano. J’ai été en cure pendant les deux dernières années. Pendant plusieurs années, je suis descendu dans la folie où vous entraîne cette maladie. J’ai dit et fait des choses qui blessent les autres, en particulier les membres de la communauté juive. Je leur ai exprimé toute ma tristesse, publiquement mais aussi en privé, pour la douleur que j’ai causée et je continuerai à le faire. Je reste déterminé à faire amende honorable auprès de ceux que j’ai blessés. Je suis reconnaissant au-delà des mots envers Oscar de m’avoir invité à passer du temps avec lui dans l’environnement familier d’un studio de design. Son soutien et sa confiance en moi sont une leçon d’humilité ».

De la rédemption un chouïa spectacle donc, comme l’aiment les USA. L’histoire ne dit pas si Galliano succédera définitivement à de la Renta, mais une chose est sure : la réhabilitation du créateur anglais qui s’était perdu en France passera par New York. Comme quoi un symbole en cache toujours un autre.