par Hervé Dewintre

Jusqu'ou peut-on aller pour une paire de Louboutin photo herve dewintre

Vous pouvez croire une histoire pareille ? Ça s’est passée cette semaine, pendant les soldes presse de Christian Louboutin. Une journaliste, pour éviter de faire la queue, et pour pouvoir rester plus longtemps en boutique, fit croire qu’elle était enceinte en mettant un coussin sous son pull. L’attachée de presse se rendit compte de la supercherie quand la « future maman » – qui avait eu la bonne idée de ne pas mettre un col roulé – se pencha un peu trop en avant lors d’un essayage et offrit au regard de l’assistance médusée, les mystères de sa singulière maternité. Elle est désormais blacklistée chez le chausseur.

Cette anecdote est intéressante non seulement du point de vue pittoresque mais aussi du point de vue pédagogique. Il faut peut-être donner ici quelques explications techniques au lecteur : les soldes presse, c’est une tradition du « monde de la mode ». Chaque année, en novembre, la plupart des grandes marques invitent les professionnels de la presse (stylistes, journalistes, vip) dans leur siège social ou dans un local spécialement aménagé pour l’occasion, à une grande journée solde. Les collections automne-hiver y sont vendues à des prix défiant toute concurrence. Il s’agit avant tout de récompenser celles et ceux qui ont fidèlement servi la marque dans leurs journaux respectifs et de resserrer des liens à la fois amicaux et professionnels (liaisons dangereuses mais inévitables).

Etre invité à ces soldes presse est donc un signe d’affection que l’on vous porte et une promesse de délice consumériste. Dans la pratique cependant, cette cérémonie modeuse se transforme souvent en fête du slip. Pour vous donner une idée de l’ambiance, imaginez l’ouverture d’un magasin H&M le matin de la mise en vente d’une collaboration spéciale créateur. Mettez-vous bien cette scène d’hystérie en tête, et dites-vous ensuite que cette foire d’empoigne est une séance collective de yoga méditative à côté de l’ouverture d’une solde presse. Pour compléter cette description, sans trop entrer dans de sordides détails, sachez seulement qu’il n’y a, dans la plupart des cas, pas de cabines d’essayages. Je n’en dirai pas davantage, la pudeur me l’interdit, je conseillerai juste aux plus curieux la lecture du billet de mon amie Sylvie à ce sujet. http://thedreamteam.fr/sylvie/deshabillez-moi/

J’ai moi-même assisté avec un plaisir immense à ces soldes presse. Et j’y assisterai encore. Cependant, comme beaucoup de monde j’imagine, je suis doté d’une double vue. C’est-à-dire que je me plonge volontiers, et avec ardeur, dans l’action et dans le même temps, je suis spectateur de mes actes. Ainsi, tout en dévalisant avec feu les portants mis à ma disposition pendant ces soldes magiques, j’entends une petite voie intérieure qui me susurre avec mépris : « mon pauvre Hervé, regarde toi en slip et en chaussettes, galvaudant ton intimité avec des possédés de ton espèce pour des vétements griffés ».

Tout ça pour dire que les professionnels de la mode sont comme tout le monde. Il y a ceux pour qui l’élégance est avant tout un art de vivre, et d’autres, pour qui l’élégance est la possession coûte que coûte d’une paire de semelle rouge et pour qui la fin justifie les moyens, je les appelle les prêt(es)à tout : la styliste au coussin en est un merveilleux exemple. Ne croyez pas que je juge avec hauteur cette deuxième catégorie, dans laquelle d’ailleurs, suivant les circonstances de la vie, je me reconnais. Freud aurait certainement parlé de combat entre le moi et le surmoi ou si vous êtes du genre moderne, d’aller et retour entre le cerveau primitif, siège de l’envie et le cortex cérébral, siège de la morale (mot bien dangereux).

Armand Hadida à gauche ( ici avec Pierre Cardin qui était son invité au salon tranoi) a transformé ses boutiques en parcours initiatique. La braderie de l'Eclaireur est le bon plan du mois.

Par bonheur, une initiative éclairée va peut-être résoudre ces douloureux cas de conscience posés sur l’image de soi en période de solde presse. Le 20 novembre, L’Eclaireur organise une braderie ouverte pour une fois au grand public. L’Eclaireur, je ne vous le présente pas, c’est une institution parisienne de premier plan, tenue de main de maitre par Armand Hadida. Depuis 30 ans, cet acheteur atypique qui a même son propre salon professionnel ( le salon Tranoï, passage obligatoire des acheteurs pendant la fashion week) bouleverse le monde de la vente au détail en proposant un visage de la mode décalé et novateur. Son histoire a commencé au sous-sol d’une galerie des Champs Elysées avec une boutique proposant un mélange des codes du design et de la mode et une sélection de créateurs incarnant le nec plus ultra de l’énergie bouillonnante des eighties. Depuis la création de l’enseigne, six boutiques ont vu le jour. Ou plutôt six espaces de vies et de découverte. J’ai dit tout le bien que je pensais de l’espace Sévigné dans le magazine Luxos.

Cette braderie propose 80 % de réduction sur la sélection de marques choisies par l’Eclaireur, autant dire du haut de gamme et du créateur pointu comme les aime Hadida. Ca se passera à la galerie Nikki Marquardt, place des Vosges. Pour parachever l’expérience, l’association du magazine ROSE, qui lutte contre le cancer féminin sera de la partie. Cinq célébrités dont Alexandra Golovanoff, Jennifer, et Zoé Felix offriront une robe griffée de leur propre dressing. Ces robes seront mises en vente aux enchères au profit de l’association. Venteprivée.com participe aussi à l’événement en mettant en vente des articles de son site.

Hadida propose un commerce tel que je le conçois. Avec cette braderie saupoudrée de philanthropie, il ne s’écarte pas de l’ambition qui l’a toujours guidé : transformer ses points de vente en parcours initiatique. Je ne dis pas que la braderie l’Eclaireur sera forcément le meilleur bon plan du mois, (certaines soldes presses seront certainement plus avantageuses encore), mais ce sera surement la meilleure alliance possible entre la recherche de la bonne affaire et la sauvegarde de sa dignité. Je sais bien que la dignité, en matière de bonne affaire, il vaut mieux se la mettre dans sa poche, mais permettez-moi quand même de faire la publicité de cette attrayante alternative et de choisir mon camp.

Le 20 novembre, la braderie s’ouvrira au grand public de 10h à 19h.
Galerie Nikki Marquardt, 9 place des vosges Paris 4e