par Hervé Dewintre

La nouvelle excitante du jour, la breaking news, c’est la nomination de Carine Roitfeld comme « global fashion director » à la tête du Harper’s BAZAAR US, c’est-à-dire (à mes yeux en tout cas) le plus merveilleux magazine de mode du monde. Elle travaillera avec Stephen Gan le creative director ( je ne me risque pas à traduire car je ne vois pas quel est l’équivalent de ce titre dans les éditions françaises, le directeur artistique chez nous étant plutôt en charge de la maquette) leurs premières fables visuelles éclaireront les numéros de mars de chacune des 26 éditions internationales du magazine.

Harper’s BAZAAR c’est les éditions Hearst Magazines et les éditions Hearst Magazines internationales : deux entités qui annoncent la puissance d’un groupe –la Hearst Corporation – dont les tentacules se sont enroulées avec force et depuis longtemps autour de la radio, la télévision, la presse, la bande dessinée, la production et internet ; c’est le fondateur du groupe William Randolph Hearst qui lança le magazine féminin Cosmopolitan aux États-Unis en 1886. Harper’s Bazaar est plus vieux encore : 1867, c’est même la première revue de mode des Etats-Unis. Une image marquante qui est ma madeleine de Proust ou plutôt mon rosebud personnel résume le prestige dont jouit le magazine à mes yeux :   c’est le dernier plan du film fenêtre sur cour d’Alfred Hichcock : Grace Kelly veille sur l’emplâtré James Steward et lui donne le change en lisant le Times. Une fois que James s’endort, le naturel reprend le dessus et elle ouvre un exemplaire du Harper’s Bazaar : un sourire plein de promesses de délices se dessine alors sur son visage altier.  Ce plan final est resté gravé dans mon panthéon enfantin : il était écrit que Grace Kelly en costume Edith Head lisant Harper’s Bazaar serait toujours pour moi l’incarnation du chic et de la grâce que pimente un je ne sais que de frisson qu’on pourrait appeler : le feu sous la glace.

Tout ça pour vous dire que notre ancienne rédactrice en chef du vogue français revient par la grande porte, et rejoint, même si le magazine n’est pas connu en France, le nec plus ultra de l’édition. Un magazine qui en plus lui convient bien : Harper est sophistiqué, élégant et volontiers provocant. Comme la provocation est un mot désormais banni (je cite Emmanuelle Alt qui résume désormais l’audace à un changement de typo, à l’utilisation du papier sépia et à l’intervention de l’humeur de Garance Doré) je me dis que le hasard a bien fait les choses.

carine roitfeld cr pierpaolo Farrari shoot lindsey Wixson

photo issue de CR pierpaolo Farrari photographie lindsey Wixson “queen of Osterlich”, qui porte la robe en chaines créée par Stefano Pilati pour sa collection finale chez Yves Saint Laurent

C’est donc une belle revanche pour Carine Roitfeld, reine déchue qui retrouve un trône à sa mesure et ça confirme l’adage qui veut qu’en mode, comme en politique, on n’est jamais véritablement mort. C’est toujours agréable de penser que le talent, même controversé, peut remporter des batailles contre l’eau tiède.