Pendant ces quatre jours de défilés Haute Couture, deux camps se dessinent nettement. Il y a d’un côté, les maisons dont la structure commerciale est modeste – on les appelle souvent par ce terme générique de « nouvelle couture ». Terme qui ne veut rien dire mais qui se comprend. Leur vocation est de proposer une haute couture volontiers expérimentale destinée à une clientèle de niche. Iris Van Herpen est la représentante type de ce cas de figure. Ces « petites » maisons sont souvent invitées par la fédération française de la Couture (elle dispose d’ailleurs du statut d’ « invitée ») à figurer dans le calendrier officiel et il arrive même qu’elles deviennent « membre permanent » comme ce fut le cas cette année pour Alexis Mabille ou Giambattista Valli.

De l’autre côté, se dressent les grandes maisons. Elles se comptent sur les doigts d’une main. Chanel, Dior, Gaultier et c’est à peu près tout sauf si on prend en compte les deux maisons italiennes « correspondantes » Armani et Valentino. Ce sont ces quelques maisons qui attirent toute la lumière sur elles car leur prestige est immense et leur autorité fashion incontestée. Pour ces maisons, la vente aux clientes existe bien entendu mais j’ affirme qu’elle est accessoire car le but ultime est avant tout de faire de l’image en glorifiant l’excellence des ateliers maisons et en exaltant la puissance commerciale du label et les moyens pharaoniques que la maison est capable de mettre en œuvre lors de mises en scène inouïes.

Les retombées presse sont immenses et l’impressionnante galerie de star qui garnissent les premiers rangs prouvent qu’il s’agit avant tout d’une opération médiatique. Hier chez Dior : Jessica Alba, Chloe Moretz, Leelee Sobiieski, Laetitia Casta, Ruth Wilson, Noomi Rapace, Rosamund Pike, Zhang Ziyi, la princesse Charlene de Monaco, Marisa Berenson, Sigourney Weaver, Isabelle Huppert, Natalia Vodianova et Olympia Scarry : autant de personnalités –evidemment habillées en Dior – sur lesquelles la marque communique en envoyant aux médias un dossier de presse dédié dès la fin du défilé.

Au jeu de l’image la plus forte, Chanel semble cependant avoir gagné le mach cette semaine. Grace notamment au final dans lequel le spectacle de deux mariées côte à côte, l’une d’entre elles tenant un enfant par la main, renvoie à la brulante actualité du mariage pour tous. Karl Lagerfeld, dont les déclarations récentes laissaient pourtant croire qu’il est contre ce mariage, annonce ici le contraire. Une prise de position qui était d’ailleurs assez conforme à son parcours (puisque ces dernières années, Lagerfeld me fait penser qu’il est devenu une sorte de Pascal Sevran de la mode). L’histoire ne dit pas si ce sont ses convictions qui ont véritablement changé ou si l’envie de voler la vedette au défilé Dior de la veille a été la plus forte.

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