Donatella Versace en "Versace for H&M" lors du final de son défilé homme hier à milan

Les mails – en suédois, anglais et en français – viennent de tomber pour claironner la Bonne Nouvelle: Versace signe une collection iconique pour H&M cet automne.

L’annonce du grand créateur qui collaborera avec la puissante enseigne suéoise est devenue un rendez-vous annuel et presque une tradition annonciatrice de file d’attentes matinales constituées de fashionistas fievreuses à l’idée d’acheter à bas prix des pièces signées par les grands noms du luxe.

Le communiqué lui aussi est immuable. Pour faire bref, il rapporte en général la joie et la fierté des intéressés de pouvoir ENFIN collaborer ensemble. Le créateur s’émeut généralement sur la possibilité qui lui est ENFIN offerte de toucher un plus large public ( Donatella Versace ne déroge pas à la régle) au point de nous faire croire qu’il souffre en silence de travailler pour les happy fews tout en révant secrètement de signer des collections pour Monoprix. H&M, de son coté, s’attendrit immanquablement sur l’incroyable puissance créative de son invité(e) par la voix de Margareta van den Bosch, Conseillère Créative (et accessoirement, Grand Manitou à qui l’on doit la collaboration de H&M avec Karl Lagerfeld, Stella McCartney, Comme des Garçons, Jimmy Choo, Rykiel et, plus récemment, Lanvin). Ce déluge de bons sentiments se clôture généralement par ce petit commentaire badin : « une collection parfaite en période de fêtes ».

J’attire votre attention sur l’emploi du mot Iconique dans le titre de cet article qui indique que cette nouvelle collection « exclusive » sera issue des archives de la Maison italienne. C’est à dire que pour Noël, vous pourrez clignoter vous aussi dans de bons vieux motifs Versace des années 80 (les motifs sélectionnés vont de 78 à …) ; ou si vous préférez cette autre formulation: ce sera « une collection unique qui revisitera l’héritage éclatant de la marque, fort de ses cuirs, imprimés, couleurs et exubérance, dans des matières raffinées ». A des prix H&M, c’est logique puisqu’on est chez H&M. Aux persifleurs qui insinueraient que Donatella s’est contentée de toucher le chèque, je signalerai par honnêteté qu’elle a quand même mouillé le maillot et endossé vaillamment son rôle de femme-sandwich en apparaissant au final de son défilé homme présenté à Milan hier en total look Versace for H&M. Elle apparaît aussi dans la vidéo ci-dessous dans une séquence qui prouve de façon triomphale qu’elle a du beaucoup travailler puisqu’elle regarde longuement un long tableau où sont accrochés des croquis.

Techniquement, la collection proposera des modèles pour femme, homme ainsi que certaines pièces sélectionnées pour la maison. Elle sera disponible à partir du 17 novembre 2011 dans environ 300 magasins dans le monde ainsi qu’en ligne (pour les pays ayant le e-commerce). Donatella a également dessiné une pré-collection printemps-été pour H&M, qui sera disponible exclusivement pour les marchés ayant la vente en ligne, dès le 19 janvier 2012.

Pour la collection femme : le cuir clouté (la photo de Donatella plus haut donne certainement une idée assez juste du ton et de la couleur de cette collection), la soie et les imprimés « hauts en couleur » seront vos nouveaux compagnons du réveillon ; pour l’accessoire: talons hauts et bijoux fantaisie-en-veux-tu-en-voici. Le communiqué indique que la collection homme « mettra en avant des coupes précises » (ce que je n’ai toujours pas réussi à traduire en langage courant) et proposera son smoking idéal ainsi que des ceintures et des bijoux pour hommes. Une nouveauté assez plaisante : pour la première fois dans le cadre d’une collaboration entre un créateur et H&M, la collection proposera des accessoires pour la maison : des coussins et un dessus de lit.

Enfin, mon avis sur la question: je n’adore ni ne deteste H&M; je pense globalement – et pour faire court – que l’empire construit par cette enseigne force le respect et a changé la donne mondiale sur la façon de percevoir le style, le coût de son vestiaire, le cycle des collections et la durée de vie de ses vétements. J’admire le travail accompli mais je ne suis pas dupe des collaborations entre les createurs et H&M. Des impressions dont je fus le témoin et de ma propre expérience (j’ai acheté H&M par Lagerfeld, Jimmy Choo et Lanvin), je dirai que ces collections m’ont déçu car l’adéquation ne s’est pas vérifiée – malgré de très inventifs et plaisants effets d’annonces – entre la promesse d’une qualité fantasmée par le seul énoncé de la présence dans cette affaire d’un grand nom du Luxe et le résultat sur pièces. Autre motif de bouderie: la blogosphere bruisse depuis quelques temps de sordides affaires entre de tres jeunes créateurs à la structure commerciale modeste qui se plaignent de voir leurs collections pillées par de grands groupes de distribution de vêtements à prix raisonnables, et qui bien entendu faute de moyens de pouvoir se payer une batterie d’avocats, se retrouvent en genéral, vous me pardonnerez l’expression: le bec dans l’eau voir pire : dans l’obligation de devoir payer les frais engendrés par les deux parties. Je pense en écrivant à l’affaire Velvetine-Mango. Vous me répondrez et vous aurez raison que H&M n’est en rien responsable des pratiques de ses concurrents directs, vous pourrez dire aussi que l’enseigne suedoise s’inspire de l’air du temps soufflé sur les podiums de défilés mais ne copie pas: vous seriez sans doute à nouveau dans la vérité des faits. Malgré tout, cette asphixie de la jeune création qui se déroule parallèlement à l’explosion des grandes enseignes ne me fait pas très bonne impression, et même si H&M n’y est pour rien, cet arriere gout désagréable déteint sur l’image que je me fait des H&M, des Mango ou autre Zara. C’est un ressenti qui n’est peut etre pas justifié, je le concède de bonne grâce, mais qui explique – ou éclaire si vous préférez – la lassitude que j’éprouve devant ces collaborations entre géants.

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