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Emmanuelle Alt en Balmain

L’annonce est tombé hier, c’est Emmanuelle Alt qui succède à Carine Roitfeld aux commandes de l’édition française du magazine Vogue. Logique quand on y réfléchit bien. Mademoiselle Alt possède l’esprit maison, une silhouette longiligne – indispensable pour déambuler dans une rédaction de mode – une patte rock et sexy fidèle au style dont Carine R. a fait la promotion 10 ans durant dans le journal et un réseau conséquent dans l’univers de la mode.

Pour la petite histoire, autant mes jeunes années dans le métier m’ont permis d’échanger 2 mots et un sourire avec Carine Roitfeld à la sortie d’une défilé McQueen, autant je n’ai jamais eu l’occasion de parler avec Emmanuelle Alt.
Une anecdote me revient quand même à l’esprit.

Adolescent, j’étais un lecteur assidu du magazine 20 ans, oui c’était pour les filles, et alors ?, je dirais même que c’était Mon magazine.

A l’époque, Miss Alt oeuvrait en tant que styliste photo pour le titre puis en qualité de rédactrice en chef mode (en 1993 : l’année de mon bac !). Depuis ma province natale, quoi ? Vous ne saviez pas que je n’étais pas parisien ?, je me nourrissais de ce vent nouveau – arrivé en droite ligne de la capitale chez mon marchand de journaux ! Le ton y était drôle,  l’humour fin… les filles craquaient pour Diastème et ses réponses décalées au courrier des lectrices/eurs. Mais aussi et surtout, la mode assurait grave dans 20 ans ! J’adhérais à ces belles images shootées dans la campagne, en Italie ou à Los Angeles, je me prenais au jeu de ce rendez-vous ès-fashion et suivaient au fil des mois ces magnifiques séries qui me laissaient rarement de marbre.

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Emmanuelle Alt au côté d'Hedi Slimane

Le seul reproche que je faisais (à l’époque) au journal, était le positionnement du prix des modèles portés par les mannequins. Certes, je trouvais les looks sublimissimes (Jean Paul Gaultier, Jean Colonna…), mais ils demeuraient tous inaccessibles à mon budget d’ado. Ma candeur n’avait alors pas su déceler l’étroite relation qui unissait les annonceurs à l’univers de la presse mode.

Exaspéré après quelques numéros, je ne rappelle m’être fendu d’une lettre à la dite rédactrice en chef de MON magazine, Emmanuelle Alt et ce pour lui exprimer toute ma façon de penser l’époque j’écrivais beaucoup pour un oui, pour un non) du haut de mes 15 ans. Est-ce utile de souligner que j’attends encore sa réponse. Pauvre diable, bien sûr qu’elle n’allait pas me répondre ! D’ailleurs je pense que si elle l’avait fait, je n’en serais toujours pas revenu.

Sitôt le métier commencé, j’ai très vite saisi le rapport qui uni la presse magazine à son lectorat – et particulièrement la presse féminine où le rôle des journalistes et des stylistes tend à frôler les fonctions de marketing manager. Satisfaire les lectrices (et leur motivation d’achat) et répondre favorablement à la pression des annonceurs (et leur motivation d’achat), c’est là tout l’enjeu et la problématique de la presse féminine.

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Emmanuelle Alt au premier rang d'un défilé

Aux commandes de Vogue France, Emmanuelle Alt a toutes les cartes en main pour réussir. Un groupe en or avec elle pour l’accompagner dans sa créativité, des collaboratrices et assistants chevronnés, un poste clé sur la scène de la mode internationale et un précieux carnet d’adresses à activer.

Le remplacement de Carine Roitfeld reste mystérieux. On avait bien entendu parler de quelques turpitudes au sein du Vogue France (départ pour New York d’une proche collaboratrice de Carine Roitfeld, retour shopping embarrassant à l’encontre d’une célèbre maison de luxe, éviction d’une rédactrice des plus talentueuses en parallèle avec Emmanuelle Alt, black listing de l’équipe de Vogue au défilé Balenciaga…)

Comme l’évoquait l’article « Du rififi dans la couture » de l’excellent blog Uncross your legs, please en mars dernier, il s’agissait de « punir » les missions de conseil en style assurées par certaines rédactrices (free lance) du magazine qui pouvaient d’avérer parfois hyper concurencielles au regard de certaines maisons, de leurs enjeux commerciaux et de leurs bénéfices.

Rassurons-nous cher tous, le PDG de Condé Nast France (éditeur de Vogue) a affirmé tout son soutien à Emmanuelle Alt dans une annonce (en même temps, il ne pouvait pas dire le contraire) : « Emmanuelle Alt se consacrera dorénavant de façon totalement exclusive à ses nouvelles fonctions. »
Voilà qui est dit.

Trève de plaisanterie, dans le départ de Carine Roitfeld, il semblerait que l’attribution du prix de l’ANDAM (en partie par ses bons soins) au créateur de mode turc Hakaan ait fait déborder le calice. Mais d’autres rumeurs vont bon train. Au fond dans le microcosme de la mode, personne ne détient jamais totalement la vérité…

Attendons de voir les prochains numéros du magazine pour mesurer le talent d’Emmanuelle Alt. D’autres secteurs vont s’offrir à elle sur un plateau d’argent : beauté, joaillerie, horlogerie, culture, célébrités, art de vivre… Elle devra les diriger, sans compter le développement de l’activité Internet de Vogue qu’elle devra prendre en considération dans son quotidien. Good Luck Emma !

Fashion carrière :

  • Free lance pour de nombreux magazines féminins dont plusieurs années de collaboration avec ELLE, styliste pour l’émission Nulle part ailleurs (C+)
  • 1993 : 20 Ans, rédactrice en chef mode
  • 1998 : Mixte, rédactrice en chef mode
  • 2000 : Vogue France, collaborations régulières
  • 2010 : Vogue France, rédactrice en chef