John Galliano PAP FW 2011-2012

A l’heure ou le Japon tremble, un tsunami se forme: la mode aussi vit un raz de marée qui ne peut que l’ébranler.

Début février, l’annonce du retour de la Maison Paco Rabanne avec, aux commandes, le célèbre designer d’origine indienne Manish Arora, mettait la mode en ébullition. Une vraie surprise pour certains, une aberration chuchotent les autres, mais un grand bonheur pour ma part. L’alliance des connaissances techniques et de la matière ajoutée au grain de folie de Manish provoque mon enthousiasme plus qu’autre chose.

Fin février, c’est le drame de la fashion. Cela commence par une brève news dans les faits divers: « Le créateur John Galliano officiant pour la Maison Christian Dior est arrêté à la terrasse d’un café parisien pour violence verbale envers autrui avec un taux d’alcoolémie avancée… »

Il a tenu des propos inqualifiables certes, mais le pire est à venir: s’en suit quelques jours plus tard une vidéo et en une matinée, c’est la fin d’un règne de 15 ans du designer à la tête de la célèbre Maison de Couture Parisienne à qui il avait su redonner ses lettres de noblesse quand avant lui un autre grand designer de renom faisait fuir la presse avec ses collections poussiéreuses.

Les sentiments et les déclarations sur le protagoniste ont enflammé les défilés. Les acheteurs parlent de renvoyer l’ensemble des pièces, de ne plus rien commander, tout le monde se demande si le défilé Dior aura lieu, mais qu’en est il de la maison John Galliano ? Aucune information émanant de la maison du créateur appartenant à 90% à Dior… Le défilé Dior a lieu, les peoples ont déserté le musée Rodin, Sidney Toledano fait un discours d’introduction et l’on remarque l’absence de Bernard Arnault… Le plus beau clin d’œil est de voir l’atelier saluer à la fin du show en l’absence du designer. Puis vient enfin l’information de la Maison John Galliano, il y aura une présentation dans un hôtel particulier, pour un petit nombre d’invités, le show n’aura donc pas lieu comme à son habitude. Monsieur Toledano, toujours présent, accueille les convives sur le pas de la porte… C’est une grande surprise…La presse et les acheteurs s’enflamment pour cette collection et l’on comprend pourquoi, elle est magnifique mêlant tweed et fourrures, avec des silhouettes cintrées et  élégantes dans un esprit 1950, continuité des dernières collections du couturier et les robes du soir, transparentes, flirtent avec les années 1920.

John Galliano PAP FW 2011-2012

Est-ce que l’on peut oublier Alexander McQueen ? Est-ce que l’on peut se dire qu’il était temps que la maison se débarrasse de son designer vedette de cette façon ? Est-ce qu’un employeur ne doit pas assurer le bien être et le confort de ses salariés ? Est-ce que John Galliano n’avait réellement pas de vrais amis pour lui dire de se reprendre et l’accompagner pour se faire soigner contre ses démons ? Une preuve de plus qui démontre que se créer une réputation se fait sur la longueur mais qu’en un rien de temps, nous ne sommes plus rien.

Au même moment, après avoir misé sur pas mal de designers (mon quatuor était bon apparemment quand même) de plus en plus, les noms du duo Ricardo Tisci et Carine Roitfeld se fait entendre. Carine! Cette ancienne rédactrice du Vogue mise à la porte en urgence en décembre dernier et que nous n’avons plus vu sur les défilés en janvier et en mars ? Celle dont la plupart des attachées de presse et journalistes se gaussaient de dire « quelle joie de la dégager de nos fichiers ! » Les mêmes professionnels de la presse qui hurlaient en disant « Mon Dieu, il nous faut Carine ! »

Et ensuite, Christophe Decarnin ne salue pas à l’issue du défilé Balmain, et voilà que nous apprenons qu’il est en cure de « repos » depuis déjà plusieurs semaines. Les bruits vont vite, Emmanuelle Alt ferait de l’intérim au Vogue et prendrait les rênes de la Maison Balmain… S’en suit un enchainement de rumeurs… Alexandra Golovanoff au Vogue, Haider Ackermann chez Givenchy, Céline dirait au revoir à la mode et à sa créatrice, Ungaro à son créateur, Cerruti ne se relève pas… Est-ce qu’il reste des rédactrices sur le carreau pour prendre ces maisons ? Est-ce qu’il n’y a pas assez de créateurs sur le « marché » ?

Personnellement je trouve cela triste, affligeant et terrifiant pour la mode et ces jeunes qui aiment ce métier.

Sans revenir sur le caractère terrifiant des mots que le créateur a prononcé devant un Smartphone,  ne peut-on avoir un doute également sur les personnes et les propos échangés avec lui avant cette courte séquence ?  Est-ce que l’on peut penser à un coup monté ?

En tout cas, une chose est certaine, John Galliano entamme sa traversée du désert, peut-être même signe t’il la fin de sa carrière. Mais au delà de cette triste histoire, on ne peut que saluer le talent et le génie de cet homme. Alexander McQueen nous a quitté, Claude Montana ne travaille plus et il nous manque, Thierry Mugler est dans une sphère très lointaine… Merci à John Galliano. Et la meilleure chose à lui souhaiter est de se retrouver.

Est-ce que ce qui se passe aujourd’hui au pays du soleil levant ne pourrait être qu’une image de ce qui se passe en France dans la mode… ?