C’est avec une soirée d’ouverture à Lisbonne puis trois jours intensifs à Porto que la 38ème édition de Portugal Fashion a eu lieu. Des jeunes créateurs en devenir du projet Bloom comme Klar ou Pedro Neto, aux plus connus dans le pays tel Nuno Baltazar et Luis Buchinho en passant par des marques plus pointues d’Hugo Costa et Pé de Chumbo ce calendrier de défilés à dévoilé de belles collections, voire d’agréables surprises dans des lignes commerciales comme Dielmar et Lion Of Porches.

Le défilé d’Hugo Costa, restera sans nul doute pour moi mon coup de cœur. Il ne révolutionne pas la mode, il n’en a pas la prétention, néanmoins, il propose une collection juste et sobre. En utilisant et twistant des matières et tissus classiques sur un style urban-wear et totalement d’actualité, la marque s’attelle à travailler qu’avec de la confection portugaise. Du paletot avec finitions en bord-côte au blouson inspiration caban, les pièces de dessus sont des points forts de cette collection dont la mode masculine se veut plus percutante.

Toujours dans cet esprit homme urbain, flirtant avec le sportwear, la créatrice Mafalda Fonseca propose des silhouettes faites d’oppositions et de jeux de matières. La fluidité de la maille rencontre la dureté du cuir, elle joue sur les détails pour proposer des illusions de volumes.

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Il n’est pas toujours simple de traiter d’une matière comme la laine, une collection 100% maille peut souvent s’avérer être trop lourde visuellement. Deux créatrices aux styles différents ont réussi ce pari et faire que les collections retiennent l’attention. Pé de Chumbo, qui a déjà présenté au WHO’S NEXT à Paris mais également au TRANOI, qui ne compte pas moins d’une centaine de points de vente dans le monde, travaille la maille en mélangeant gros fil de laine et la délicatesse de la dentelle. Le résultat est probant, les pièces se font quasi sans coutures, juste du tissage et tricotage pour cette collection à la lointaine inspiration ethnique.

Susana Bettencourt, a une toute autre maîtrise de la maille. Dans une collection à l’image plus primaire, elle manie les aplats et les accords de couleurs. Grâce au numérique, elle propose des vestes et des tricots kaléidoscopiques avec des imprimés parfaits.

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De la veste courte volumineuse aux longues vestes croisés sur des jupes droites aux plis inattendus, Carla Pontes propose une silhouette féminine sachant mixer la laine et la souplesse du cupro. Tout comme la collection de Daniela Barros, qui associe les lignes structurées sur les pièces à manches et la souplesse des volumes sur les bas. Ces deux collections de prêt à porter féminin sont à retenir pour voir l’évolution de ces créatrices.

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Dans un esprit plus commercial, mais flirtant toujours avec cette catégorie de « créateur », Julio Torcato propose une collection avec du PAP mais également de la mode masculine dans l’ensemble, assez urbaine voire casual-chic. Il joue sur des tartans, de discrètes rayures tennis et la fluidité des vêtements qui prennent formes en mouvement.

En opposition à son style car tout est centré sur l’opulence de matières, de techniques et de superposition, la marque Storytailors de Joao Branco et Luis Sanchez propose une collection faite de détails, certainement trop pour quelques pièces mais retenons cette veste burel rivetée ainsi que des silhouettes plus épurées et moins surannées. Vouloir faire du moderne et de l’avant-gardiste est souvent déjà dépassé avant d’être sur le podium.

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Des stars dans la mode au Portugal il y en a déjà depuis quelques décennies, Ana Salazar, Fatima Lopes, Nuno Gama entre autres en sont les parfaits exemples, ici, c’est au tour de la marque du duo Alves/Gonçalves puis de Nuno Baltazar qu’il est question.

Le duo représente plusieurs oppositions comme ils le décrivent. Plutôt actuelles leurs silhouettes urban-chic sont dans la parfaite continuité de la marque que j’avais connu il y a 10 ans, avec il faut le souligner, plus de sobriété, moins de strasses et paillettes qui rendaient autrefois les collections à la limite de indigeste.

Nuno Baltazar quant à lui est tombé sur American Horror Story et Jessica Lange… Il est resté scotché dessus me semble-t-il… La collection « Circus » est un hommage, un peu trop prononcé mais sur les 350 modèles présentés (j’exagère, mais pas tant que ça) il y a de très beaux looks, aussi bien sur la mode masculine aux proportions parfaites avec une palette chromatique intéressante que sur le prêt à porter féminin. Les pièces un peu plus cocktails comme la robe bicolore noire et moutarde à plumetis ou ce top aubergine strassé sur la jupe-culotte à plis se démarquent et sont à retenir chez ce créateur qui, il y a quelques années, avait défilé à Paris plusieurs saisons de suite.

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Portugal Fashion a mis en place un concours de jeunes créateurs, véritable passerelle et dénicheurs de talents qui permet ensuite de retrouver ces jeunes marques dans le calendrier officiel les saisons suivantes. C’est le cas pour KLAR, une marque d’un trio de nomades contemporains. Un esprit quelque peu underground des années fin 90 début 2000 n’est pas sans rappeler les débuts de Romain Kremer à Paris. Autre marque, plus dark et féminine, Pedro Neto, qui dessine des silhouettes intéressantes mais n’est pas encore aboutit dans sa sélection de matières qui appauvrissent un peu le résultat qui se veut plus prometteur. Une chose est certaine, ces deux marques sont à suivre de près.

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Pour conclure, il était difficile de ne pas parler de Diogo Miranda et de Luis Buchinho, ces deux créateurs qui avec le soutien de l’ANJE et de Portugal Fashion, présentent leurs collections à Paris en marge du calendrier pendant la semaine des défilés.

Diogo Miranda propose des looks féminins, aux manches surdimensionnées, des silhouettes assez simples et sobres en jouant avec la féminité jouant de contrastes et de la transparence. Son détournement du classique pied de poule est assez réussi.

Luis Buchinho s’est attelé à un jeu de construction le long de sa collection. Des pièces ici et là sont manquantes ou sont en sus. Le résultat tout en relief est plutôt maîtrisé, car il donne des volumes à des pièces plates et classiques. S’imbriquent alors aisément, jersey, cuir, maille 3D, et laine dans une collection féminine et contemporaine.

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Pour des raisons purement « politico-fashion » cette historique fashion week de Porto, organise depuis quelques saisons déjà, une première soirée à Lisbonne. Est-ce bien nécessaire, surtout 4 jours après sa concurrente Lisboète ? Est-ce que les quelques défilés qui se sont tenus ce premier soir dans la capitale portugaise ne pourraient pas être programmés directement à Porto. Cela n’empêche pas certains créateurs de défiler sur les deux événements, Alexandra Moura, Pedro Pedro, Miguel Vieira entre autres en sont de parfaits exemples. Cela ne gêne en rien le public qui n’est pas forcément le même. De plus, loin de cette « guerre », le message est identique : promouvoir la mode et l’industrie textile portugaise.

Cette fashion week de Porto et commercialement assez intéressante par la cohérence des lignes chez de nombreux créateurs, petits ou grands. Est-ce que la saison printemps été sera aussi qualitative ? Nous l’espérons car nous avons pu voir que la manufacture portugaise est plutôt de très bon niveau.

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